Le dossier du mois est consacré à l’ACS dont nous nous inspirons à Bel Orient. Il est rédigé par Maxime DANION, conseiller cultures et référent ACS chez Agritech Service.
Quel espoir pour nos couverts végétaux 2026 ?
Nos sols sont restés au point mort durant plusieurs mois. Le retour des pluies relance leur activité. Pour nous, c’est le moment de faire le point sur nos itinéraires. Cette série propose un point sur les travaux d’automne sous le prisme des techniques de conservations des sols. Nous démarrons par un état des lieux des couverts végétaux.
1.Premier constat : l’eau est indispensable à la levée des couverts
Durant l’été, une question demeurait : le Sorgho ou le Moha permettraient-ils de produire de la biomasse en conditions sèches ? Autrement dit, existe-t-il des espèces pouvant se passer d’eau pour survivre ?
Sur les quelques couverts estivaux que nous avons observés, un constat simple apparait : si certaines espèces supportent mieux la sécheresse, l’eau reste indispensable à leur germination. Autrement dit, ces espèces sont intéressantes dès lors qu’elles sont implantées avant l’arrivée des conditions estivales.
Ainsi, les sorgho multi-coupes semés en mai semble intéressant, mais nous sommes déçus des sorghos implantés en juillet et août qui n’ont pu germer dans la poussière.
2. Production de biomasse et service rendu
L’implantation et la levée tardive des couverts végétaux impactent directement leur valorisation. L’ensemble des services qu’ils visent à remplir en seront perturbés, à commencer par la production de biomasse.
La production de biomasse est facteur de la somme de température, comme le montre le graphique ci-dessus. Les cumuls de températures sont plus importants au début de l’automne et décroissent au fur et à mesure des jours (figure 2). En conséquence, le développement des couverts ralenti.
Les autres services rendu par les couverts découlent de la production de biomasse. On conserve donc partiellement les bénéfices que nous apportent ces cultures tels que la couverture du sol, la concurrence vis-à-vis des adventices, peu de stockage d’azote (si légumineuses, moins de retour de matières organiques…).
3.Evolution du couvert
En conséquence de ce retard de développement, nous savons que les couverts seront moins développés à l’entrée de l’hiver.
Deux conséquences sur votre gestion des couverts :
Premièrement, la majorité des espèces ne sera pas à floraison. Ce serait le cas de la phacélie et des protéagineux dont la sensibilité au froid augmente après ce stade. Contrairement à l’hiver 2025-26 qui a permis une destruction partielle des couverts par l’action des quelques gelées, on pourrait obtenir des couverts quasiment intacts en sortie hiver, qui continueraient leur croissance au printemps.
Deuxièmement, le rapport Carbone Azote (C/N) des couverts serait plus bas. Pour toutes les espèces, il augmente après la floraison lorsque les protéines (contenant l’azote) migrent depuis l’ensemble des tissus (feuilles, tiges) vers les organes reproducteurs. On peut donc s’attendre à des résidus de couverts qui se dégradent rapidement après destructions. Cela peut être bénéfique dans certains cas (destruction tardive sans faim d’azote) mais ne permet pas de conserver un mulch en surface. Tout dépend de l’objectif que vous donniez à vos couverts.
Remarque : ce ne sont là que des hypothèses basées sur des conditions hivernales dites « normales ». Des scénarii variables ne sont pas impossibles, d’autant que les conditions sont loin d’être normales depuis plusieurs mois…
4-Quel retour sur investissement ?
Nous avons vu que le bénéfice agronomique risque d’être fortement impacté. Cela représente un coût que nous allons tenter de chiffrer.
Il y a tout d’abord les semences qui ont peu évolué cette année :
- 40€/ha pour un couvert simple,
- 80€/ha pour des couverts plus complexes,
- 60€/ha pour un couvert phacélie féverole.
Ensuite, le post de l’énergie est à la hausse cette année. Le coût d’implantation est plus important pour un même itinéraire technique. On peut estimer un coût de 90€/ha en prenant en compte l’implantation et la destruction (coût variable en fonction des méthodes d’implantation et de destruction).
Pour le retour sur investissement, il est difficile de chiffrer l’ensemble des bénéfices du couverts.
Pour les associations légumineuses, on peut essayer de calculer le bénéfice de l’azote absorbé. Nous avions déterminé grâce à l’article de Changin qu’une tonne de MS de féverole captait en tout 25 UN/ha, en relarguait 45% pour la culture suivante. Cela représente 11 UN efficace par tonne de couvert. Avec les hypothèses faites plus tôt, le retour sur investissement augmentera avec la durée de vie du couvert, en espérant un développement efficace post hiver.
Nous manquons également de valeur pour estimer le bénéfice de piège à nitrate. Il est évident qu’après un été sec et des rendements moyens à faibles, les reliquats peuvent être élevés et ont tout intérêt à être conserver. Concernant la biomasse, il faut définir la valeur du produit pour en évaluer le bénéfice.
Une étude publiée récemment par l’interprofession SEMAE propose une fourchette de valeurs pour les différents services associés aux couverts végétaux.
Nous observons qu’en bénéfice direct, le couvert doit être suffisamment développé pour constituer un retour sur investissement positif. Néanmoins, nous ne prenons pas en compte les bénéfices indirects avec les interventions éviter par le développement d’un bon couvert (reprise de sol en sortie hiver notamment).
Si beaucoup de paramètres restent inconnu, l’intérêt agronomique demeure pertinent.