L’été caniculaire 2026 s’éloigne, l’heure du bilan

L’heure est au bilan de cet été qui, au-delà d’avoir marqué les esprits et les animaux, constitue comme le top départ d’une fréquence plus élevée de ce type d’épisodes.

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Un THI qui s’envole, des animaux qui souffrent

Nous avons observé le THI (index combinant température et humidité) de deux manières :

  • Grâce au relevé de la station météo en proximité des bâtiments

 

  • Grâce aux stations climatiques Smaxtec présentes dans les deux bâtiments depuis fin juin.

Le THI a été durablement supérieur à 60 voire 70 entre juin et septembre, atteignant plus de 85, donc proche du seuil dit « majeur » à certaines heures de la journée.

Grille de THI (PLM)

Le stress thermique joue de plusieurs façons sur les animaux :

  • De façon directe : l’animal ne se couche pas pour pouvoir plus ventiler et augmenter la surface corporelle en échange avec l’air, les animaux boivent plus, mangent moins et consomment de l’énergie en excès,..

 

  • De façon indirecte : le temps de repos est réduit (impact locomoteur), l’acidose ruminale se met en place, les hormones de la reproduction sont moins produites, les follicules « marqués »,…

La liste est probablement non exhaustive, puisqu’un certain nombre de travaux montre l’impact à long terme sur la carrière de l’animal impacté et également sur ces issues (impact de l’environnement sur l’expression des gènes, communément couvert par le terme d’épigénétique). Les recherches futures documenteront, à coup sûr, les impacts des vagues de chaleur à répétition.

Un temps de repos abaissé lors des épisodes de fortes chaleurs

Le temps de repos a clairement été diminué malgré toutes les mesures mises en place.

Alors qu’en temps normal, les vaches se reposent 650 à 700 min/jour (relevé grâce aux podomètres des animaux), le temps de repos est descendu à 500 min/jour en pleines canicules. L’impact est réel mais il reste mesuré car les vaches à Bel Orient jouissent d’un bon confort (aire de vie notamment).

Sur le graphique ci-dessous, nous confrontons les deux sources permettant de calculer le THI (bâtiment et station météo) et l’évolution de la production laitière brute moyenne par vache et par jour (en kg et jersiaise/holstein confondues).

Le THI indiqué ici correspond au THI moyen de la journée, il masque donc des évolutions horaires bien plus marquées.

Evolution parallèle du THI et de la production laitière

La production laitière a fortement été impactée à la seconde vague de chaleur de juin (4 jours consécutifs à près de 40°C), avec une perte moyenne de 7 kg/VL/jour, contre 1,5 kg lors du premier épisode fin mai /début juin.

La production, avec les leviers mis en place, s’est ensuite redressée pour redevenir « normale » en début juillet.

Sur les veaux, nous enregistrons systématiquement, dans leurs quinze premiers jours, les volumes de lait non bus par rapport à leurs allocations.

Alors qu’en temps normal, les veaux consomment en moyenne plus de 85 à 90 % de leurs allocations, ce chiffre est tombé à 70% pour les veaux dans cette tranche d’âge sur juin/juillet/août.

Leur appétit était notamment impacté sur la buvée de l’après-midi. Autant d’énergie non consommée, face à des besoins importants.

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Une buvée impactée notamment l'après-midi

Comment avons-nous réagi ?

L’équipe de Bel Orient n’a pas ménagé ses efforts pour atténuer l’impact de ce stress sur les animaux.

Se faisant, nous avons défini ensemble des règles au fur et à mesure de la saison. Certaines s’appliquent dès 25°C et d’autres dès 30°C (que nous transformerons en THI à terme).

Les mesures répondent à 3 objectifs :

  • Aider la vache à ventiler et à diminuer sa température

 

  • Atténuer les dysfonctionnements physiologiques et métaboliques

 

  • Potentialiser sa consommation d’eau
  1. Aider la vache à ventiler 

Les vaches restent en bâtiment passé 25°C car trop peu de haies sont présentes en extérieur pour leur offrir un abri naturel. De plus, nos bâtiments tout ouverts « type parapluie » assurent une ventilation naturelle suffisante.

Par ailleurs, la surface d’aire de vie de 25 m² par animal est d’une grande aide dans ces circonstances.

Au-delà de 30°C, les animaux sont emmenés en deux lots au parc d’attente de traite afin d’éviter d’être trop tassés.

Au-delà de cette température, une brumisation fonctionne pendant la traite mais elle devra être couplée prochainement par une ventilation.

De l’espace et de l’ouverture pour ventiler

2. Atténuer les impacts physiologiques

 

La perte d’électrolytes ainsi que le risque d’acidose sont compensés sur les vaches par un apport de bicarbonates et un soutien métabolique (Rumina Fresh, Vital) pendant l’épisode climatique et après en récupération.

Cette solution avait d’ailleurs été testée à Bel Orient avant d’être commercialisée. Elle avait permis de limiter la baisse de production de 2 kg/VL/jour.

 

Au-delà de 25 et 30 °C respectivement, la ration est distribuée 2 ou 3 fois par jour pour apporter une ration fraîche, appétente et qui se conserve bien à l’auge. La ration est apportée sur des heures plus fraîches (début de matinée et fin d’après-midi).

Le risque de baisse d’ingestion doit être compensé également par une densification de la ration en énergie/azote, sans augmenter le risque d’acidose, couplée à un apport complémentaire de levures vivantes afin de compenser également une moindre activité ruminale (et donc une moindre dégradation des fibres).

Le pâturage a été stoppé début juin et l’affouragement en vert mi juillet

Côté reproduction, nous n’avons rien changer à l’insémination sur la période estivale. A ce stade, nous n’avons pas observé de difficulté supplémentaire de reprise en cyclicité ou encore de dysfonctionnements de la reproduction ou de baisse de taux de gestation sur cette période.

3. Potentialiser l’abreuvement de l’animal

A Bel Orient, les animaux disposent d’abreuvoirs suffisants et nettoyés plusieurs fois par semaine. Les vaches laitières disposent de 17 cm par vache de linéaire d’abreuvement (basculant), supérieur aux recommandations de 12 cm/animal.

Malgré tout, nous avons renforcé l’entretien des abreuvoirs pour améliorer encore l’abreuvement.

L’équipement en bolus connectés et le relevé des consommations d’abreuvoirs nous permettent d’évaluer, sur cette période, la consommation d’eau des animaux holstein (seule race équipée de bolus). Les vaches laitières sont restées stables depuis juin avec 110 à 130 litres d’eau bue par jour et par animal.

Les génisses de plus de 300 kg (équipées de bolus) boivent autour de 80 litres par jour en moyenne et jusque 100 litres par jour pendant les pics caniculaires.

Environ 120 litres d’eau par vache et par jour

Quelles évolutions adoptées dans le futur pour s’y préparer ?

Globalement, nous avons agi assez rapidement pour limiter les impacts sur la production laitière après l’épisode de juin ; même si nous mesurons mal actuellement les impacts à moyen et long terme, comme tout le monde.

La répétition de ces épisodes nous a permis de mettre en place un plan d’action et d’imaginer des pistes d’améliorations dans le management du troupeau et dans le logement, avec par exemple :

  • L’équipement du parc d’attente avec un ventilateur
  • La réflexion sur les translucides de toiture qui amène du rayonnement sur les animaux (non pris en compte dans le THI, on parle de plus en plus de l’indicateur HLI qui apporte en plus la notion de rayonnement et de vitesse d’air)
  • L’augmentation de la proportion de lait donné aux veaux aux heures fraîches (distribution du matin)
  • L’apport d’électrolytes sur les veaux aux heures les plus chaudes
  • L’implantation des haies sur les pâturages ?

 

Nous avons ici principalement évoqué les leviers d’action sur les animaux mais il est nécessaire aussi d’imaginer à moyen et long terme :

  • Des évolutions dans les rotations et la place des cultures de printemps
  • Des évolutions sur les choix végétaux, notamment sur le choix des espèces et variétés (maïs grain et semences fourragères, place de la luzerne et des dactyle/fétuque élevée),
  • Des conduites du pâturage : deux périodes hivernales seront à gérer (le « vrai » hiver et l’alimentation à base de stocks en plein été) et donc plus de transitions alimentaires
  • De l’organisation et de l’équipement pour les équipes, permettant d’améliorer le confort de travail et la diminution de l’exposition aux températures extrêmes

 

A Bel Orient, sur le maïs grain sec ainsi que les surfaces herbagères, la baisse de rendement est évaluée à 30% par rapport aux précédentes années. Ce chiffre, bien qu’important, a été relativement amorti par les pratiques mises en place sur la ferme depuis longtemps (rotation, travail du sol, place de la luzerne,…).

Pour plus d’informations :

Nous vous invitons à consulter le dossier paru début juin avant l’enchaînement des événements climatiques de cet été (https://www.bel-orient.fr/du-confort-pour-tous/).

Documents sur l’abreuvement et le stress thermique réalisés par le CNIEL

https://cniel-infos.com/GEIDEFile/Guide_eau_BL_vf.pdf?

https://www.cniel.com/sites/default/files/2024-06/fiche_ventilation_complete-Vf.pdf

Vincent Jégou
Author: Vincent Jégou

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