Souvent présentée comme une fonction de luxe, la reproduction représente un enjeu central dans la rentabilité des élevages.
La préserver et s’assurer de l’atteinte d’objectifs sont des moyens pour l’éleveur de gagner du temps mais aussi de l’argent.
Commençons par le début : quels objectifs dois-je me fixer ?
Se fixer des objectifs et s’y tenir
La reproduction fait partie de ces sujets techniques, en élevage, qui ne font pas toujours l’unanimité.
Faut-il maîtriser l’IVV ? Laisser les animaux faire des lactations longues quand ils font beaucoup de lait ? quelle stratégie est-elle la plus économique ?
A Bel Orient, nous avons clairement choisi de ne pas subir la reproduction et de se fixer un objectif de maîtrise de la fécondité et donc de l’intervalle entre vêlages (IVV), dans notre système. Nous visons 375 jours.
Pourquoi réduire l’intervalle entre vêlages ?
Réduire l’IVV nous permet, dans notre système productif, de maîtriser notre stade moyen de lactation (autour de 160 jours en 2025) et ainsi de profiter pleinement de l’efficacité alimentaire de nos animaux nourris avec une ration semi-complète à 16% de MAT.
Chaque mois « perdu » en stade de lactation au-delà de 150 jours représente entre 8 et 10% de production laitière en moins par vache.
Une calculette d’évaluation de l’impact économique de la reproduction est d’ailleurs disponible sur le site IDELE : www.reproscope.fr . Il est évalué, en fonction du système, entre 2 et 5 €/VL/jour d’IVV gagné.
Pour un troupeau de 200 vaches avec 380 jours d’IVV (notre résultat 2025), en comparaison avec la moyenne française autour de 420 jours, cela représente une amélioration minimum de 16 000 € de la marge (420-380 = 40 jours, multiplié par 2 €/j, multiplié par 200 vaches)
L’autre avantage de cette stratégie est d’être un levier puissant pour réduire les temps improductifs et également limiter le nombre de vaches présentes pour produire un volume de lait donné. C’est donc synonyme d’une meilleure maîtrise des effectifs présents et donc du temps de travail (pour rappel il faut 20 à 30 heures pour élever une génisse sur l’ensemble de son élevage).
Dans son ensemble, maîtrise de la reproduction rime avec une meilleure efficience environnementale (empreinte carbone brute réduite, moins d’effectifs donc moins de consommations de ressources). Ainsi baisser de 15 jours l’IVV permet de baisser les émissions de 3 % (eq. CO²) par exemple.
La principale limite de cette stratégie est le nécessaire suivi rapproché de la reproduction et l’acceptation de tarir des vaches avec de forts niveaux de production.
Maîtriser l’âge au vêlage des génisses pour la longévité et l’économie
Pour compléter cette stratégie économique mais aussi de maîtrise des effectifs présents et de la longévité des animaux, nous visons un âge au vêlage précoce entre 22 et 23 mois.
De la même façon que pour l’IVV, chaque jour perdu en âge au vêlage représente un surcoût de production (évalué à 1-2 €/jour au-delà de 24 mois d’âge au vêlage).
Réduire l’âge au vêlage présente l’avantage de maîtriser les effectifs présents.
Six mois gagnés par rapport à la moyenne française de 29 mois en holstein, cela représente ½ génération de génisses en moins et autant de « bouches » en moins à nourrir et de temps passé (évalué autour de 23 heures pour élever une génisse de la naissance à son vêlage).
Le calcul précis du coût du production d’une génisse à Bel Orient (2350 € environ en incluant les amortissements et le temps de travail salarié) nous conforte dans l’idée d’augmenter le temps productif et d’amortir le coût de production de la génisse le plus possible.
Comme pour la reproduction des vaches, cela demande bien évidemment un suivi précis des croissances et de la cyclicité des animaux.
Se donner les moyens de ses objectifs
Le quotidien d’une ferme étant riche en tâches et en imprévus, le principal ennemi d’une reproduction performante c’est le temps. Ou plutôt le risque d’être dépassé par le temps.
Nous mettons donc en place une routine de suivi et une politique de mise à la reproduction précoce pour s’assurer de ne pas être dépassés par l’horloge.
La semaine prochaine, nous détaillerons les moyens mis en œuvre à Bel Orient pour ne pas subir la reproduction mais en être un acteur.