Le péri-partum, là où tout commence !

Comme les sportifs: du repos et de la préparation

La préparation des futures performances se prépare au moment du tarissement pour la vache laitière. 

Que met-on derrière cette phrase souvent écrite et somme toute banale.

A Bel Orient, la période sèche, d’une durée de 2 mois, se découpe en 2 périodes

  • La mise au repos (1er mois de tarissement) avec pour objectif de permettre à la vache de se reposer et de renouveler son tissu mammaire tout en soignant les infections le cas échéant

 

  • La préparation au vêlage (2nd mois de tarissement) avec pour objectif de préparer le futur challenge de la lactation suivante (colostrum, vêlage, production)
La mise au repos : priorité au bien-être et aux soins

Le jour du tarissement, nous réalisons un parage d’entretien (pour que l’animal profite pleinement de son repos), les vaccinations nécessaires (exemple : contre les diarrhées néonatales) ainsi qu’une évaluation de l’état d’engraissement (NEC). L’idée est de pouvoir vérifier l’évolution de l’état d’engraissement pendant le tarissement (maintien voire légère augmentation).

Les vaches taries bénéficient d’une aire de couchage sur compost de 15 m².

Afin d’utiliser à bon escient les antibiotiques, le traitement au tarissement des infections mammaires est sélectif :

  • Les vaches « saines » sans mammite sur la lactation et avec les comptages cellulaires sur les 3 derniers mois maîtrisés (<150 000 cel/ml pour les primipares et 250 000 cel/ml pour les multipares) ne reçoivent qu’un obturateur de trayon pour prévenir les infections via le sphincter des trayons

 

  • Les vaches « infectées : avec une mammite et/ou des comptages cellulaires défavorables reçoivent en plus un antibiotique par voie intra-mammaire

 

Le graphique ci-dessous issu des travaux de Bradley et al montre l’importance de soigner les vaches infectées pendant la période sèche mais aussi de protéger les nouvelles infections en fin de tarissement avec un obturateur, à un moment où très peu d’antibiotiques couvrent le risque d’infection notamment lié aux germes d’environnement tels que E.Coli .

Ceci justifie l’utilisation systématique d’obturateur et optionnelle d’antibiotique.

 

Risque d'infection mammaire pendant le tarissement (source : Agridea)

Sur une année complète, cela nous permet de ne traiter aux antibiotiques que 30% des vaches au tarissement répondant à la double problématique du bon usage des antibiotiques et de la réduction des dépenses.

Les seuils de comptages cellulaires que nous utilisons pour définir le traitement sélectif peuvent évoluer, ils sont aujourd’hui adaptés au contexte de notre élevage.

La prération au vêlage : une transition vers la future lactation

Au-delà de la préparation du rumen à la future ration (développement des papilles et du volume du rumen), l’enjeu de la préparation au vêlage est aussi de préparer en douceur l’animal aux futurs changements entourant le vêlage :

  • mobilisation du calcium
  • besoins énergétiques élevés pour produire du lait (et des hormones pour faire fonctionner le cycle sexuel aussi)
  • sollicitation du foie
  • trou immunitaire lié au déroulement du vêlage, au stress, à la compétition entre congénères
  • …que de challenges !

 

En listant tous ces bouleversements, on comprend mieux la priorité maximale donnée autour de cette période.

La première des préventions passe par l’alimentation et notamment la gestion de l’état corporel.

Une attention particulière portée aux hypocalcémies

Associée à beaucoup d’autres troubles du péri-partum (rétentions, vêlages difficiles, mammites, cétose,…), la calcémie est un point clé à gérer pendant le tarissement avant que les mobilisations ne soient trop fortes.

Les facteurs de risques associés à l’hypocalcémie sont résumés ci-dessous, citons notamment (source : Thèse de Bodin – ENVA – 2020) :

  • l’âge de l’animal
  • la race (nous le constatons avec plus de risque sur les jersiaises)
  • son état
  • les excès de calcium
  • la BACA de la ration
  • l’hypomagnésémie
  • les excès de phosphore
Facteurs de risque associés à l'hypocalcémie (Thèse de Bodin – ENVA – 2020)

Concrètement, à Bel Orient, nous mettons en place :

  • Une couverture minérale en préparation du vêlage incluant une balance anions/cations de -100 meq/kg MS ingéré grâce au microdosage au DAC avec du chlorure de calcium enrobé (en complément du chlorure de magnésium présent dans l’aliment distribué au DAC)

 

  • Une prévention contre l’hypocalcémie dès le deuxième vêlage (notamment pour les jersiaises plus exposées à ce risque) avec un bolus

 

  • Une ration formulée pour limiter le calcium et apporter du magnésium sous forme de chlorure

 

  • Nous démarrons une complémentation en vitamines AD3E réalisée en bolus afin d’améliorer les défenses immunitaires (rôles antioxydants des vitamines A,E et sélénium) et le déroulement du post-partum : diminuer le risque de non-délivrance du placenta,  potentialiser la production du colostrum et couvrir, tant que possible, le trou immunitaire post-partum

 

 

Une formule à la carte même en période sèche

Fibres efficaces et aliments sécurisés

La ration (mélange calibré avec 60 % de paille et 40 % de foin de graminées) est distribuée pour plusieurs jours, et à volonté, dans des nourrisseurs en galva.

Le choix d’une plus forte proportion de paille est liée aux aléas de valeurs sur les foins (notamment azote et calcium). Cependant nous sommes vigilants à la provenance de la paille (notamment si elle provient de céréales fertilisées avec du lisier de porc riche en phosphore).

Les mises au repos et préparées au vêlage sont dans le même lot. 

L’ingestion moyenne des fourrages est de 11 kg MS par jour et par vache tarie holstein et 7,5 kg MS pour les jersiaises.

Un mélange paille/foin à volonté pour les taries

Seule la complémentation entre races et entre stades de tarissement diffère au DAC.

Les recommandations en préparation au vêlage sont 0.8 UFL/kg MS et 80 g PDI/kg MS. Notre BACA est proche de l’objectif de -100.

La formule de l’aliment reçu en préparation au vêlage se rapproche de l’aliment en lactation (en termes de présentation, de matières premières hormis la partie minérale).

Les génisses gestantes sont intégrées avec les vaches taries deux mois avant leurs termes afin de les habituer à l’aliment des adultes et également les sociabiliser au contact de vaches plus âgées.

Rations des deux phases de la période sèche
Maîtriser l’état corporel

Les vaches sont évaluées au moment du tarissement et au vêlage (note NEC).

Nous faisons régulièrement des étalonnages en équipe pour harmoniser nos yeux, sachant qu’une seule personne reste référente dans la notation afin de limiter les biais.

L’objectif est un maintien de l’état d’engraissement (pas de perte d’état) avec un cap à 3,5 maximum au moment du vêlage.

La moyenne des NEC sur les trois derniers mois au vêlage et au tarissement sont proches de 3.

La littérature scientifique est très riche sur le sujet. Rien de nouveau sous le soleil depuis « Nous, les vaches taries » (EDE Bretagne Pays de la Loire, 1985) : maîtriser l’état corporel au vêlage et limiter la perte d’état à moins de 1 en début lactation sont favorables sur le déroulement du vêlage, la future reproduction, les fonctions métaboliques et la future lactation.

Au-delà du facteur de risque d’hypocalcémie, éviter les excès de gras au vêlage permet d’éviter les cétoses et déplacements de caillette.

Séance d'étalonnage de la notation d'état corporel en équipe

Ce que nous disent les animaux de leur préparation

Contrôler pour ne pas déraper

Parce qu’il peut y avoir un écart entre la théorie et la réalité (exemple : consommation d’aliment par rapport à l’alloué, consommation de fourrages,…), nous contrôlons à plusieurs étapes la qualité du tarissement. Au final, ce sont les animaux qui nous parlent le mieux de leur préparation.

Grâce aux outils de gestion du troupeau et à notre propre application interne, nous nous créons des listes d’animaux à contrôler :

  • Sur les notations d’état d’engraissement (au tarissement, au vêlage et à 30 jours post-partum)
  • Le contrôle du pH urinaire au moins une semaine après le passage en lot « Prépas » pour contrôler les effets de l’acidification de la ration. 

La mesure se fait au lecteur portatif (ne pas oublier de l’étalonner régulièrement).

 

pH-mètre électronique pour le contrôle de l'acidification de la ration

En effet, il y a un lien étroit entre le pH urinaire et la BACA sanguine comme le graphique de Santos et al (2019) l’illustre ci-dessous.

A gauche, l’acidification via l’indicateur de la BACA (balance cations-anions) est très liée au pH urinaire. A droite, le pH urinaire semble être un bon indicateur lié au risque de fièvre de lait avec une gamme recommandée de 5,5 à 6,5.

A Bel Orient, nous visons cette cible.

A gauche : relation entre la BACA et le pH urinaire en fonction de la parité / A droite : relation entre le pH urinaire et le risque de fièvre de lait

En cas de valeur supérieure à 6,5, nous ajustons avec un bolus supplémentaire de calcium au vêlage.

Le contrôle se poursuit après le vêlage avec un envoi de prélèvement de sang au vétérinaire pour mesurer la calcémie, contrôler notre protocole et amplifier la prévention au début de la lactation si nécessaire.

Nous avons réalisé sur 2025 un screening sanguin systématique.

En 2026, nous prévoyons d’espacer ce screening et de le réaliser pendant une semaine tous les deux mois sur vaches fraiches vêlées.

Des moyens importants sont mis sur la maîtrise de l’hypocalcémie, nécessaires pour gérer évidemment le risque de fièvre vitulaire clinique mais aussi subclinique souvent associée à d’autres risques de troubles de santé en cascade (difficulté de vêlage, non délivrance, métrite, échec à l’IA).

Ce contrôle est d’autant plus important dans notre système productif et avec la race jersiaise (naturellement plus exposée).

Maîtriser la mobilisation des réserves graisseuses

Autre mesure réalisée avant et après tarissement : le BHB (béta-hydroxybutyrate) sur goutte de sang.

Le BHB est un résidu de dégradation d’acides gras. Comme les corps cétoniques, il est révélateur d’un manque d’énergie potentiel et surtout d’une mobilisation graisseuse de l’animal. Cette mesure est un bon complément à la note d’état corporel. Mais cette dernière est analysée sur le temps long et souvent a posteriori donc elle a plus une valeur de contrôle collectif que le BHB, mesure directe et individuelle.

A Bel Orient, le suivi du BHB est réalisé au tarissement et en début de lactation (10 jours). Plus sa valeur est faible, plus cela signifie que l’animal ne mobilise pas de graisses donc ne « fond » pas a priori, c’est ce que l’on recherche au tarissement comme en début de lactation.

 

Pas plus d'1 point de perte d'état corporel dans le premier mois et un BHB contrôlé à moins de 1 mmol/L

Dans les deux périodes l’objectif est d’être en dessous de 1 mmol/Litre de sang (l’analyse est faite par bandelettes avec une goutte de sang et lues au lecteur portatif).

Au dessus de cette valeur, nous réalisons une distribution de propylène glycol au DAC pendant 3 jours, renouvelons la mesure de BHB pour contrôler.

Au delà de 2,5 mmol/L, nous sommes clairement face à une acétonémie, qui nécessitera propylène et apport de sorbitol en IV.

Le contrôle systématique de la température en même temps que la réalisation des BHB (10 jours environ) permet de vérifier l’absence d’infection sous-jacente et non détectable (exemple : endométrite).

La semaine prochaine, nous ferons le bilan des mesures et observations réalisées sur 2025 pendant le tarissement.

Crédit photos : Laurie Santier Photographie

Vincent Jégou
Author: Vincent Jégou

Recherche d'articles

Rechercher
Catégories