A l’instar de la conduite du tarissement et du péri-partum abordée le mois dernier, l’accueil du veau et la maîtrise de sa croissance n’en sont pas moins importants, bien au contraire. Ce mois-ci nous explorons l’élevage du veau jusqu’à son sevrage.
A 6 mois, multiplier par 6 le poids de naissance
Faire rimer vêlage précoce et poids au vêlage
Afin de faire rimer vêlage précoce (22-23 mois à Bel Orient) et bonnes productions en première lactation, l’enjeu est d’avoir des animaux lourds au premier vêlage.
Des primipares qui font un pic de lait inférieur à 80 % de celui des multipares et, qui plus est, plus tardif dans la lactation que les vaches plus âgées, c’est le signe qu’elles ont des besoins de croissance forts sur la première lactation et moins de nutriments disponibles pour la production.
Le remède ? avoir des génisses lourdes au vêlage tout en maîtrisant l’état corporel.
En 2025, nos génisses pesaient autour de 590 kg à 20 mois, avant de partir en préparation au vêlage avec les taries pendant 2 mois.
Objectif 2026 : obtenir 620 kg à 20 mois (soit plus de 90 % du poids adulte au premier vêlage).
Tout se passe dans les 6 premiers mois
On dit souvent que les 6 premiers sont cruciaux dans la croissance des génisses car les kilos non pris à ce moment sont difficiles à avoir après.
C’est vrai et cela s’explique tout simplement par le potentiel de développement des différents tissus de l’animal.
Comme le montre les courbes ci-dessous, faire le maximum de croissance avant 6 mois est profitable pour la constitution de tissus fonctionnels comme les muscles et le squelette sans risque de dépôts de gras excessifs.
Après 6 mois, et autour de la puberté, de trop fortes croissances peuvent induire un dépôt graisseux, y compris autour de l’appareil génital et de la mamelle, ce qui n’est pas un bon signal pour préparer une future vache laitière fertile et fonctionnelle.
Mesurer pour progresser
Le poids vif reste la référence pour savoir si les objectifs de croissance sont atteints (plus que l’âge).
A Bel Orient, nous investissons donc du temps dans la pesée de nos animaux :
- Les veaux sont pesés toutes les semaines grâce à un harnais, relié à un peson adapté sur un chariot élévateur. Ce rythme est utile pour le suivi des essais sur les veaux mais également pour le suivi des performances de l’élevage
- Après sevrage, les génisses sont pesées tous les mois (les jeudis) avec une bascule reliée par des couloirs de contention aux différents logements des génisses
Les pesées sont réalisées aux mêmes heures les jeudis afin de limiter les biais liés aux horaires de distribution des buvées ou des consommations d’aliments secs pour les génisses sevrées.
Les GMQ et l’atteinte des poids à âges-type sont analysés en équipe complète au café du jeudi matin.
Objectifs 3 – 6 – 12
Cette expression est un moyen mnémotechnique pour fixer nos objectifs de croissance aux âges type 3,6 et 12 mois pour les holstein.
Les veaux femelle holstein naissent à environ 38 kg (25 pour les jersiaises), doivent multiplier leur poids
- par 3 à 3 mois (le sevrage intervient précisément à Bel Orient autour de 11 semaines avec un objectif de 120-130 kg en holstein)
- par 6 à 6 mois, soit autour de 240-250 kg
- par 12 à 12 mois (autour de l’IA première) soit 440-450 kg
Des protocoles pour des résultats
S’il y a bien un maillon dans l’élevage laitier où le risque d’avoir des écarts de pratiques entre personnes est bien réel, il s’agit bien des veaux.
A Bel Orient, le fonctionnement de l’élevage repose sur une équipe 100% salariée avec un roulement dans les présences pendant la semaine (toute l’équipe au complet seulement les lundis et jeudis).
La performance de l’élevage réside, dans ce contexte humain, dans :
- la correcte transmission de l’information entre salariés : grâce aux outils numériques mais surtout aux cafés du matin avec toute l’équipe
- le respect de protocoles de réalisation des tâches à tous les niveaux et surtout en premier lieu autour des veaux
Il ne s’agit pas de construire de la complexité ou de la rigidité dans le fonctionnement de l’élevage mais bien de s’assurer une constance dans les pratiques (et dans l’application de protocole d’essais) et donc d’obtenir des croissances soutenues (et donc la satisfaction de tout le collectif).
Nous verrons à travers ce dossier, à chaque maillon de l’élevage du veau, les protocoles, les pratiques et les outils qui nous permettent d’atteindre cette constance.
La prévention passe par le nursing, le colostrum et l’hygiène
La gestion en collectif salarié et l’absence d’astreinte la nuit induisent une organisation particulière sur le nursing et notamment la distribution du colostrum.
Nous avons dernièrement réalisé une réunion « diagnostic en marchant » autour des veaux avec l’équipe élevage afin de partager pratiques, avis et propositions d’amélioration car les veaux aiment la routine dans les process d’élevage.
Des anticorps et vite !
Afin de maîtriser la qualité et la quantité bues par le veau dans les premières heures, tous les colostrums collectés en salle de traite sont :
- dosés avec une mesure des Immunoglobulines par mesure au refractomètre électronique (mesure BRIX)
- congelés en poche à usage unique, de type Coloquick avec l’indication du BRIX et du volume de colostrum
Le colostrum de la première buvée est issu des meilleurs colostrums de la banque (plus de 25 BRIX) et si ce n’est pas le cas, le colostrum est complété avec des sachets de substituts de colostrum (Vitacolos) pour atteindre ce seuil.
En 2025, près de 6 colostrum sur 10 étaient jugés bon à excellent (contre 45% environ dans une étude non publiée de Cozler et al, Institut Agro Rennes). La valeur moyenne est de 23,4 pour les holstein et 22,4 pour les jersiaises avec une variation entre animaux plus importante pour les jersiaises (tableau ci-dessous)
En classant par ordre de vêlage (tableau ci dessous), aucune tendance nette n’apparaît sur l’amélioration du colostrum avec le rang de vêlage (sauf au delà du 5ème vêlage). Ce n’est pas une fatalité, on peut avoir du colostrum de qualité chez des jeunes vaches également.
Depuis quelques mois, nous utilisons le système Coloquick, qui nous permet de décongeler et chauffer 2 poches de colostrum au bain-marie et en seulement 20 minutes (photo ci-dessous).
Après avoir été pesé, le veau reçoit alors 4 litres par sonde –la caillette d’un veau faisant entre 5 et 7% du poids vif du veau, 4 litres représentent un maximum- puis aura 3 autres buvées de colostrums (de 2 litres) au seau à tétine (et de BRIX variable en fonction des stocks en banque).
De façon programmée avec nos vétérinaires, nous vérifions régulièrement que le transfert d’immunité passive (par les anticorps du colostrum) a été efficace. Pour cela, rien de plus simple : il suffit de mesurer les anticorps sanguins chez les veaux nouveau-nés.
Pilier numéro 1 de la prévention : l’hygiène
L’hygiène autour de la collecte du colostrum est importante : le kit de remplissage des poches est nettoyé après chaque usage et les bidons de lait dédiés au colostrum, nettoyés, désinfectés chaque semaine et placés, entre utilisations, au congélateur pour limiter un potentiel développement bactérien.
En 2026, nous ajoutons dans nos pratiques la désinfection des trayons et sphincters des vaches fraîchement vêlées pour limiter la contamination du colostrum collecté.
Il nous apparaît d’autant plus important de renforcer cette prévention qu’à Bel Orient les vaches vêlent parmi les taries et nous ne pouvons pas exclure que les veaux se contaminent dans cet environnement dans les quelques heures avant qu’ils soient ramassés.
Afin de continuer à améliorer nos pratiques, nous allons renforcer nos procédures de nettoyage, désinfection des biberons et sondes entre utilisations. Après nettoyage avec un goupillon et une brosse à l’eau chaude, le kit est stocké dans une boîte plastique remplie d’eau et de désinfectant et ce, jusqu’à la prochaine utilisation (photo ci-dessous)
Il était auparavant nettoyé et désinfecté dans le taxi lait avec une alternance alcalin/acide deux fois par semaine.
Chambre individuelle confortable et chauffée
Les veaux sont logés jusqu’au sevrage dans des niches individuelles sur caillebotis et avec courette sur béton. Ces niches sont paillées une fois par semaine (et préparées à l’avance pour les futures naissances afin de ne pas être pris de court !).
Objectif : couchage et veaux secs ! Pour cela et notamment en hiver les niches sont équipées de lampe chauffante pendant la première semaine de vie (photo ci-dessous).
Le cordon ombilical est vidé et désinfecté avec un spray à la chlorhexidine, c’est en effet une véritable porte d’entrée pour les infections (omphalite, arthrite,…)
Les prochaines normes Bien-être nous feront changer de type de logement vers du logement collectif (a minima par 2, appelé pair housing) en adaptant les courettes et niches actuelles.
Les impacts des changements de pratiques d’alimentations et de logements sont d’ailleurs testés dans le cadre du projet national COLOCAVO (pour plus de renseignements https://idele.fr/colocavo).
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Côté alimentation, nos veaux sont alimentés avec des seaux à tétines transparents permettant à distance de voir le lait restant dans les seaux des veaux et ainsi détecter de potentiels problèmes d’appétit et de troubles sanitaires.
L’avantage de la buvée avec un seau à tétine est multiple :
- Avoir une hauteur de buvée et donc une bonne fermeture de la gouttière œsophagienne aiguillant correctement le lait vers la caillette (cette position est aussi la plus naturelle par rapport à la hauteur de la tétine de la mère)
- Le faible débit et la salivation provoquée par la succion de la tétine sont favorables à la digestion du lait
Nous utilisons les tétines Milkbar :
- La jaune, plus souple, facilitant l’apprentissage pendant la période colostrale. Elle est changée tous les 5 veaux, avec une désinfection entre chaque
- La noire, plus rigide, laissée jusqu’au sevrage puis changée pour le veau suivant
La semaine prochaine, nous détaillerons le plan d’alimentation des veaux
Crédit photos : Laurie Santier Photographies