La notion de confort pourrait paraître superflue ou cosmétique tellement ce terme peut être galvaudé ou « fourre-tout ». Pourtant que ce soit pour les bovins ou les humains, il est la condition première pour valoriser le potentiel de chacun et assurer le bien-être quotidien.
Au sens des cinq libertés entourant la notion de bien-être animal (schéma ci-dessous), le confort (ou l’absence d’inconfort), est communément défini par l’environnement et notamment le logement (propice au repos, approprié par rapport à la température et l’humidité). Il est intimement lié aux autres libertés : absence de blessures et de maladie, absence de faim et de soif, absence de peur et d’anxiété et liberté d’exprimer les comportements propres à l’espèce.
Ainsi nous aborderons le confort sous l’angle plus global du bien-être animal.
Dans ce dossier, nous nous focaliserons sur les animaux adultes. Un point spécifique sur les génisses suivra prochainement.
Confort en bâtiment : du repos et de la sécurité
Le bien être en bâtiment : de l’aire …
Le bâtiment recouvre beaucoup de composantes : la surface, la facilité de mouvement et le confort thermique notamment.
Le temps de couchage est donc essentiel tout comme les surfaces sur lesquelles les animaux évoluent.
- Les litières malaxées sur miscanthus offrent à Bel Orient une surface de 15 m² par vache et 10 m² par génisse (de plus de 6 mois), bien au-dessus des 9 m² préconisés en vache laitière par l’EFSA.
les surfaces d’exercice et d’attente sont couvertes de tapis de sols drainant, rainurés sur les surfaces d’exercice et d’attente (salle de traite et box de tri). Ces surfaces garantissent un confort de déplacement, réduisent les risques de glissades mais nécessitent un parage d’entretien régulier car la corne des animaux s’use moins.
Par ailleurs, un travail récent d’Idele a montré l’intérêt des tapis draînant dans la gestion de l’ammoniac dans le bâtiment, en permettant de séparer rapidement les urines des déjections et en asséchant rapidement les surfaces.
La surface par vache est essentielle pour assurer une mobilité fluide et sécurisée des animaux, permettant également l’expression des comportements sociaux.
Elle conditionne aussi le temps de repos (viser 700 minutes par jour soit environ 12 heures) et la pression sanitaire de la matrice de couchage par rapport aux risques de mammites.
Sur la santé des pattes, parce que les chiffres parlent d’eux même, faisons une petite comparaison simple avec un humain, sans tomber dans l’anthropomorphisme
La pression au m² est de 5 à 10 fois plus élevé pour un bovin.
Lors d’un choix de bâtiment, la maîtrise des charges est essentielle mais c’est aussi un investissement pour la santé des animaux sur le long terme. Un couchage confortable, des surfaces d’aire de vie suffisantes et un temps passé sur les bétons le plus faible possible sont des paramètres à prendre en compte
Le bien-être en bâtiment : …Et de l’air !
Le confort du bâtiment c’est aussi l’ambiance : température/humidité mais également ammoniac, poussières, bruits…
La zone de confort optimal pour les vaches adultes se situe entre 5 et 15°C. Les bovins résistent d’ailleurs mieux au froid qu’au chaud, encore plus quand il est couplé à une forte humidité.
Le bovin n’arrive pas à évacuer le surplus de chaleur, la température croît, il reste debout pour augmenter la surface en contact avec l’air (mais ne se repose pas),…
A Bel Orient, les bâtiments sont entièrement ouverts afin d’optimiser la ventilation pour les animaux pour le séchage des aires d’exercice (hydrocurées) et de la litière. Le vent n’est pas un souci à la belle saison. Il faut surtout être vigilant en hiver de ne pas coupler humidité et courant d’air (>0.5 m/s).
L’ambiance du bâtiment est d’autant plus cruciale que le changement climatique nous imposera à l’avenir des épisodes de stress thermique plus récurrents, comme cela a été le cas fin mai/début juin.
Un indicateur bien connu maintenant, le THI, est mesuré sur l’exploitation grâce aux données captées par la station météo de la ferme, et demain par l’équipement Smaxtec déployé sur la ferme. Ce critère couple la température et l’humidité, il est exprimé sous forme de score, le seuil critique pour les bovins étant au-delà de 78, que nous avons atteint fin mai.
Cet indicateur, facile à calculer, est pourtant imparfait car il ne prend pas en compte la notion de rayonnement et de vitesse d’air. On parle maintenant du HLI (Heat Loaded Index). Il apporte plus de précision au sein même d’un bâtiment car le rayonnement et la vitesse d’air peuvent évoluer en fonction des zones (schéma ci-dessous).
Pour plus d’informations : https://idele.fr/umt-ebis/?
Pour le confort des animaux, en conditions de stress thermique, nous les gardons en bâtiment lors de ces épisodes afin de :
- Profiter d’un abri plus important qu’au pâturage (les linéaires de haies ne sont pas suffisantes)
- Profiter d’un nombre de places accessibles aux abreuvoirs plus importants (nous reviendrons la semaine prochaine sur ce point)
- Prévenir les risques digestifs, métaboliques et immunitaires en supplémentant l’aliment avec Rumina Fresh®
L’ensemble de ces éléments a permis de limiter la perte de lait à 1,5 kg/VL/jour.
Par ailleurs, le confort en bâtiment recouvre aussi l’absence de bruits, de gênes pour les animaux ou de risques de blessures, permis notamment par l’absence d’outils mécaniques dans les bâtiments (type racleurs) mais également l’absence de cornadis (sauf dans les box de tri). Ces derniers sont remplacés pour les vaches en lactation par des travées de libre service avec poteaux souples.
Mesurer pour connaître et réagir
Les critères usuels que nous utilisons pour repérer des situations d’inconfort ou de bien-être insuffisant sont de deux types :
- Les critères visuels remontés par notre équipe d’élevage : liés à l’observation des animaux en liberté (rumination, locomotion, blessures,…) ou lors d’interventions (parage réalisé par l’équipe,…). La liste n’est bien sûr pas exhaustive.
Par exemple, l’observation (schéma ci-dessous) autour de la locomotion des animaux permet d’identifier rapidement les problèmes articulaires ou podaux.
- Les critères remontés grâce aux outils ou équipements
- Le temps de repos journalier, mesuré grâce aux podomètres
- L’activité (idem et qui complète le temps de repos)
- Le volume d’eau bue (aujourd’hui connu par lot grâce aux compteurs d’eau séparés, et prochainement grâce aux bolus ruminaux Smaxtec)
- etc…
Pour conclure, la vache nous parle, écoutons-là !
La semaine prochaine, nous aborderons la notion de bien être animal au travers de l’alimentation (abreuvement compris).
Crédits Photos : Laurie Santier Photographies